« Il faut avoir envie. »
« Il faut être performant. »
« Il faut atteindre l’orgasme. »
« Il faut aimer ça. »
Et si, au lieu de vivre notre sexualité, nous passions surtout notre temps à essayer de bien la faire ?
Entre les films, les réseaux sociaux, les conversations entre amis et les petites phrases glissées depuis l’enfance, nous recevons beaucoup de messages sur ce que devrait être une sexualité « normale ».
Le problème, c’est qu’à force de vouloir cocher toutes les cases, on finit parfois par oublier une question essentielle :
« Qu’est-ce que moi, j’ai réellement envie de vivre ? »
Une injonction sexuelle, c’est quoi ?
Une injonction, c’est une pression qui nous pousse à penser, ressentir ou faire quelque chose parce que nous croyons que nous le devons.
Dans la sexualité, elle peut prendre différentes formes :
- avoir envie souvent ;
- être toujours disponible ;
- être performant ;
- durer longtemps ;
- atteindre l’orgasme ;
- aimer certaines pratiques ;
- avoir un corps désirable ;
- être spontané ;
- savoir exactement quoi faire ;
- être à l’aise avec son corps ;
- réussir sa première fois ;
- avoir une sexualité régulière ;
- rester séduisant avec les années.
Le mot important est « il faut ».
Et le « il faut » est rarement un bon partenaire de lit.
« Il faut avoir envie souvent »
On nous fait parfois croire qu’un couple heureux est un couple qui a très souvent des rapports.
Comme si la fréquence sexuelle était une sorte de bulletin de notes de la relation.
Une fois par semaine : peut mieux faire.
Trois fois par semaine : félicitations.
Une période sans rapport : réunion de crise immédiate.
Pourtant, le désir varie selon les périodes de vie.
Il peut être influencé par la fatigue, le stress, la santé, les hormones, la charge mentale, les enfants, le travail, les émotions ou le contexte du couple.
Avoir moins envie pendant un moment ne signifie pas forcément que vous n’aimez plus votre partenaire.
Et avoir souvent envie ne signifie pas non plus que vous devez toujours être disponible.
« Il faut être performant »
La sexualité n’est pas une épreuve de patinage artistique.
Il n’y a pas de jury caché derrière le rideau, avec des pancartes notées sur dix.
Pourtant, beaucoup de personnes se demandent :
- Est-ce que je dure assez longtemps ?
- Est-ce que je donne assez de plaisir ?
- Est-ce que mon corps est à la hauteur ?
- Est-ce que je fais les bons mouvements ?
- Est-ce que mon ou ma partenaire va comparer ?
Lorsque l’on se concentre sur la performance, on quitte souvent ses sensations.
On ne ressent plus vraiment ce qui se passe.
On surveille.
On contrôle.
On analyse.
Et il est difficile de se laisser aller quand une partie de votre cerveau est en train de remplir une grille d’évaluation.
« Il faut atteindre l’orgasme »
L’orgasme peut être agréable, bien sûr.
Mais il ne devrait pas être une obligation de résultat.
Certaines personnes ressentent une forte pression pour jouir, au point de ne plus réussir à profiter du moment.
Elles se demandent si cela va arriver, quand cela va arriver, pourquoi ce n’est pas encore arrivé.
Et parfois, l’orgasme devient tellement important qu’il prend toute la place.
La sexualité devient alors une course vers une ligne d’arrivée.
Mais le plaisir ne se résume pas à un seul moment.
Il peut aussi se trouver dans les caresses, les frissons, les rires, les mots, la proximité, la tendresse ou simplement le fait de se sentir bien dans son corps.
« Il faut aimer toutes les pratiques »
Non.
Vous n’avez pas besoin d’aimer le sexe oral, la pénétration, les sextoys, la nouveauté, la domination, la soumission, les fantasmes de votre partenaire ou les pratiques vues dans une vidéo.
Une pratique peut être appréciée par certaines personnes et ne pas vous convenir du tout.
Cela ne fait pas de vous quelqu’un de coincé, de compliqué ou de « pas assez ouvert ».
La curiosité est intéressante.
Mais elle ne doit jamais devenir une obligation.
Vous avez le droit d’essayer.
Vous avez aussi le droit de dire non.
Et vous avez même le droit de changer d’avis après avoir dit oui.
« Il faut être spontané »
On nous vend souvent une sexualité qui devrait arriver naturellement.
Un regard.
Une musique.
Une chemise qui tombe au ralenti.
Et soudain, tout le monde est disponible, parfaitement détendu et mystérieusement coiffé.
Dans la vraie vie, le désir peut être beaucoup moins spectaculaire.
Certaines personnes ressentent un désir spontané, qui arrive avant le rapprochement.
D’autres découvrent leur désir progressivement, dans le contact et la connexion.
Le désir peut apparaître après un câlin, un massage, un moment de complicité ou une discussion.
Et parfois, il ne vient pas.
Cela ne signifie pas que vous avez raté votre sexualité.
Cela signifie simplement que le corps ne fonctionne pas sur commande.
« Il faut avoir un corps désirable »
Les injonctions concernent aussi l’apparence.
Il faudrait être mince, tonique, épilé, ferme, jeune, séduisant, musclé, sans cicatrice, sans cellulite et toujours prêt à poser sous une lumière avantageuse.
Autrement dit : il faudrait ressembler à une photo retouchée, mais avec une vie émotionnelle parfaitement stable.
La réalité, c’est que les corps changent.
Ils vieillissent.
Ils prennent du poids, en perdent, portent des cicatrices, traversent des grossesses, des maladies, des traitements et des périodes de fatigue.
Votre corps n’a pas besoin d’être parfait pour être aimé, touché ou désiré.
Et surtout, vous n’avez pas à attendre de l’aimer complètement pour commencer à vivre votre sexualité.
« Il faut savoir quoi faire »
Beaucoup de personnes pensent qu’elles devraient naturellement savoir comment donner du plaisir.
Comme si elles avaient reçu un manuel secret à la naissance.
Mais la sexualité se découvre.
Elle se construit à deux, parfois seul, à travers les expériences, les discussions et les ajustements.
Personne ne peut deviner parfaitement ce qui plaît à l’autre.
Un geste apprécié un jour peut être moins agréable le lendemain.
Une envie peut évoluer.
Le corps peut demander plus de douceur, plus de rythme, moins de pression ou complètement autre chose.
Communiquer n’enlève pas la magie.
Au contraire, cela évite parfois de passer vingt minutes à faire exactement ce qui ne fonctionne pas.
La comparaison nourrit la pression
Les réseaux sociaux et la pornographie peuvent donner l’impression que tout le monde a une sexualité intense, créative et parfaitement maîtrisée.
Tout le monde aurait envie tout le temps.
Tout le monde atteindrait l’orgasme.
Tout le monde serait à l’aise avec son corps.
Tout le monde aurait une chambre parfaitement rangée, une peau impeccable et suffisamment d’énergie pour enchaîner trois scénarios avant le petit-déjeuner.
Mais ce que l’on voit n’est pas la totalité de la réalité.
La comparaison nous pousse à croire que nous sommes en retard, pas assez désirables, pas assez expérimentés ou pas assez performants.
Or, votre sexualité n’a pas besoin de ressembler à celle des autres pour être valable.
Comment repérer une injonction ?
Vous pouvez commencer par être attentif à vos pensées.
Lorsque vous pensez :
- « Je devrais avoir plus envie » ;
- « Je devrais réussir à jouir » ;
- « Je devrais accepter cette pratique » ;
- « Je devrais être meilleur·e » ;
- « Je devrais avoir un corps différent » ;
- « Je devrais être plus spontané·e » ;
posez-vous une question simple :
« Qui a décidé que je devais faire cela ? »
Est-ce réellement votre envie ?
Ou est-ce une peur de décevoir, d’être quitté·e, jugé·e ou comparé·e ?
Une envie qui vient de vous laisse généralement plus de liberté.
Une injonction laisse souvent de la culpabilité, de la honte ou une sensation d’échec.
Comment retrouver une sexualité plus libre ?
Vous pouvez commencer par ralentir.
Prendre le temps d’écouter votre corps.
Vous demander ce qui vous fait réellement du bien, sans chercher à répondre aux attentes de quelqu’un d’autre.
Vous pouvez aussi :
- parler de vos envies et de vos limites ;
- arrêter de faire de l’orgasme un objectif obligatoire ;
- explorer sans obligation de résultat ;
- accepter que le désir varie ;
- vous autoriser à dire non ;
- sortir de la comparaison ;
- découvrir le plaisir sans performance ;
- vous rappeler que le consentement doit rester libre et réversible.
Une sexualité libre n’est pas une sexualité où l’on accepte tout.
C’est une sexualité où l’on peut choisir.
Dire oui parce que l’on en a envie.
Dire non sans avoir à se justifier pendant trois heures.
Dire « je ne sais pas encore ».
Dire « j’aimerais essayer autrement ».
Et parfois dire : « finalement, ce soir, je préfère dormir. »
Ce qui peut être une décision particulièrement érotique après une semaine de fatigue.
Votre sexualité n’a pas à passer un examen
Il n’existe pas une seule bonne manière d’avoir une sexualité.
Il n’y a pas de fréquence parfaite, de durée idéale, de corps obligatoire ou de scénario universel.
Il y a votre histoire, vos envies, vos limites, votre rythme et votre façon de construire l’intimité.
Les injonctions nous demandent souvent de faire plus, mieux, plus longtemps et plus souvent.
Mais le plaisir ne naît pas toujours dans l’effort.
Il naît parfois quand on arrête enfin d’essayer de correspondre à une image.
Vous n’avez pas besoin d’être parfait·e pour avoir une sexualité épanouissante.
Vous avez surtout besoin de vous sentir libre, respecté·e, entendu·e et en sécurité.
Si les injonctions vous empêchent de vivre votre sexualité sereinement, si elles nourrissent de la honte, de l’anxiété ou des difficultés dans votre couple, un accompagnement en sexothérapie peut vous aider à faire le tri.
Pas pour vous apprendre à mieux répondre aux attentes des autres.
Mais pour vous permettre de retrouver vos propres choix.
Votre sexualité n’est pas un devoir à rendre. C’est un espace à habiter.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical ou un accompagnement personnalisé.
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