Le syndrome du bon élève au lit

Et si on arrêtait de vouloir « bien faire » ?

Réfléchir quand on fait l’amour, c’est normal. C’est même très humain.

Se demander si une position est confortable, vérifier qu’on ne va pas avoir mal au dos, ou chercher ce qui pourrait faire plaisir à l’autre… tout cela fait partie du partage. C’est de l’attention, et c’est sain.

Le problème, ce n’est pas de réfléchir. Le problème, c’est quand cela devient obsessionnel. Quand on cherche tellement à être parfait qu’on finit par s’oublier complètement.


Trop d’ego ou trop d’empathie : les deux extrêmes

Dans cette quête de perfection, on observe souvent deux comportements opposés.

D’un côté, il y a ceux qui se réfugient dans l’ego : ils se concentrent uniquement sur leur propre plaisir et finissent par oublier complètement l’autre.

De l’autre, il y a ceux qui ont trop d’empathie. Ils s’oublient totalement pour ne penser qu’à la satisfaction du partenaire. C’est le profil typique du « bon élève ».

Récemment en cabinet, une femme me racontait : « Mon compagnon a voulu s’occuper de moi et me donner du plaisir. C’était super, mais après, j’ai absolument voulu qu’on passe à la pénétration pour lui faire plaisir à lui aussi. »

Je lui ai demandé : « Mais pourquoi ? Vous auriez pu vous arrêter là. Votre compagnon avait envie de vous faire plaisir à vous, c’était son choix et son plaisir du moment. »

Cette femme n’a pas pu s’en empêcher. Elle a voulu « rendre la pareille », performer, comme pour valider le rapport. C’est le piège de vouloir toujours équilibrer les scores, au lieu d’accueillir simplement ce qui est offert.


Une sexualité vivante : s’adapter à l’instant présent

Il n’y a pas une seule façon de faire l’amour. Notre sexualité n’est pas figée : elle change en fonction de nos envies, des moments de la journée, de notre âge, de notre niveau de fatigue ou des épreuves que l’on traverse (le stress au travail, une maladie, une grossesse).

L’objectif n’est pas de juger comment on fait l’amour, mais d’être pleinement présent à ce que l’on vit, ici et maintenant.

On peut ainsi viser une satisfaction systématique, peu importe le scénario :

  • Avec ou sans orgasme. Un rapport peut être merveilleux, drôle et connectant sans qu’il y ait de feu d’artifice à la fin.
  • Avec ou sans éjaculation, avec ou sans pénétration.
  • Le plaisir d’offrir, tout simplement. Si l’un des partenaires (par exemple l’homme) a simplement envie de donner du plaisir à l’autre ce soir-là, et que cela convient aux deux, c’est parfait. Tout le monde a pris du plaisir, différemment.

Il y a même une vraie beauté dans ce que j’appelle la frustration positive. On peut donner du plaisir à son partenaire, ressentir cette tension, cette envie qui reste un peu en suspens, tout en sachant au fond de soi que c’est bon pour nous. Pourquoi ? Parce que cette douce frustration va nourrir notre imaginaire et faire grandir le désir pour la prochaine fois. Le plaisir n’est pas toujours dans l’immédiat ; il est aussi dans l’attente et l’anticipation.


Dédramatisons la réalité des corps

Vouloir être parfait au lit est aussi contre-productif que dans n’importe quelle autre situation de la vie. Plus on contrôle, moins on ressent.

Dans la vraie vie, sous la couette, rien n’est parfait. Et c’est très bien comme ça.

  • Ce n’est pas grave s’il y a des poils. La vraie peau n’est pas en plastique, elle vit, elle change, et c’est normal.
  • Ce n’est pas grave s’il y a des « pets de vagin ». C’est juste de l’air qui entre et qui sort à cause des mouvements. C’est de la physique, pas de la honte.
  • Ce n’est pas grave s’il y a des pannes d’érection. C’est même tout à fait normal. On ne peut pas maintenir une érection ferme tout le long d’un rapport. Le corps fluctue, réagit à la fatigue, et c’est sain.
  • Ce n’est pas grave si c’est un « quickie ». Un rapport rapide, sur un coin de lit ou entre deux portes, peut être un magnifique moment de complicité. Il n’y a pas de durée idéale pour s’aimer.

En attendant de consulter : vos petites pistes à tester à la maison

Si vous vous sentez bloqué(e) dans ce rôle de « bon élève », vous n’avez pas besoin d’attendre d’être dans mon cabinet pour commencer à changer les choses. Voici 4 exercices très simples et concrets à tester en couple dès cette semaine :

1. Nourrir la complicité avant la chambre

L’intimité ne commence pas quand on retire ses vêtements. Elle se construit tout au long de la journée.

  • En pratique : Prenez des moments de complicité totalement déconnectés du sexe. Un long câlin de 20 secondes en rentrant du travail, un message tendre dans la journée, cuisiner ensemble en musique. Le but ? Recréer du lien et de la sécurité affective, sans que le corps associe chaque rapprochement à une « obligation » de performer ensuite.

2. L’exercice du « Focus Sensoriel » (sans but)

  • En pratique : Décidez ensemble d’un moment de massage ou de caresses où la pénétration et l’orgasme sont strictement interdits. Concentrez-vous uniquement sur la texture de la peau, la chaleur des mains, les frissons. En enlevant l’objectif final, le cerveau se détend et le corps recommence enfin à ressentir.

3. Écouter son corps à l’instant T

  • En pratique : Si une position vous inconforte ou vous fait un peu mal, n’attendez pas que ça passe pour ne pas « couper l’ambiance ». Dites-le simplement : « Je t’aime, mais là j’ai mal au dos, on change ? ». Ajuster sa position, c’est s’honorer soi-même et montrer à l’autre qu’on est pleinement là.

4. Apprivoiser la frustration positive

  • En pratique : Essayez, lors d’un rapport, de vous arrêter juste avant la fin habituelle. Prenez du plaisir à vous caresser, à vous désirer, puis arrêtez-vous là, embrassez-vous et dormez. Observez comment cette tension positive travaille en vous le lendemain et rallume la flamme du désir.

Revenir à l’essentiel

Faire l’amour, ce n’est pas réussir un examen. C’est juste être là, ensemble, tels que nous sommes. Avec nos corps réels, nos rires, nos imperfections et notre complicité.

Prenez le temps de respirer, de vous regarder et de ressentir. C’est là que se trouve la vraie magie.


Si vous sentez que vous réfléchissez trop sous la couette ou que vous vous oubliez par peur de mal faire, sachez que vous n’êtes pas seul(e). À mon cabinet de Furiani (Bastia) ou en visio, nous pouvons explorer ces pistes à votre rythme, pour remettre de la légèreté et du plaisir dans votre intimité. 🌿

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Auteur/autrice : Laure Guazzelli

Sexothérapeute certifiée, installée à Furiani et Bastia en Haute-Corse. Formée à l'École SARAÉ et praticienne Snoezelen, elle accompagne avec bienveillance, humour et confidentialité toutes celles et ceux qui souhaitent explorer, libérer ou épanouir leur sexualité — seul(e) ou en couple, en présentiel ou en téléconsultation pour toute la France. 💜

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